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  • Hommage à Luis Sepulveda

    Nous sommes attristées comme des millions de lecteurs-lectrices par la mort de l'auteur chilien Luis Sepulveda, emporté par le coronavirus. Les noms de ses livres sont à eux seuls des poèmes : Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, L’Ombre de ce que nous avons été, Le Monde du bout du monde, Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur ... L'extrait que nous avons choisi est tiré du livre "Ingrédients pour une vie de passions formidables", qui s'apparente plutôt à des chroniques du temps. Il se positionne ici comme écrivain ("engagé" ? eh oui, Sartre, mort il y a 40 ans ce mois-ci, aurait certainement eu des affinités avec Sepulveda !) :
    "Parfois les mots manquent de sens, ou, s'ils en ont eu, l'ont perdu en chemin, mais moi je continue de croire à la force des mots pour mettre à plat les choses, les faits, et, ensuite, mesurer s'ils doivent ou non être changés.

     

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  • Restons sceptique, avec Normand Baillargeon

    Quatre hommes visitent l'Australie pour la première fois. En voyageant par train, ils aperçoivent le profil d'un mouton noir qui broute.

    Le premier homme en conclut que les moutons australiens sont noirs.

    Le second prétend que tout ce que l'on peut conclure est que certains moutons australiens sont noirs.

    Le troisième objecte que la seule conclusion possible est que, en Australie, au moins un mouton est noir.

    Le quatrième homme, un sceptique, conclut : il existe en Australie au moins un mouton dont au moins un des côtés est noir.

    Cité dans "Chomsky et Cie", film de Daniel Mermet et Olivier Azam

  • Prenons de l'avance, avec Marcus Malte

    Le roman "Aires" de Marcus Malte s'ouvre sur un préambule rédigé par un être (humain ?) du futur qui s'intéresse comme historien à notre société actuelle, et la décrit à ceux qui vivent en son temps. Le langage du futur qu'a créé l'auteur est très ingénieux, et ses réflexions assez savoureuses... Extrait :

    " C'était l'ère de l'individu. L'égoprime au paroxysme. Moi exclusif. Unité centrale. Un+un+un+un... qui jamais ne font somme. Les hommes toujours au singulier. Chacun farouche gardien de sa propre prison (single cell, cingle cell, ils chantaient !) Chaque partie se prenant pour le tout, et le tout pris pour entité négligeable.

     

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  • Double langage avec Esope

    Xanthus [son maître] lui commanda (à Esope] ce qu'il y aurait de meilleur. Il n'acheta que des langues : l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Et qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Esope : c'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison. Eh bien, dit Xanthus, achète-moi demin ce qui est de pire. Le lendemain, Esope ne fit que servir le même mets, disant que la langue est la pire des choses qui soit au monde : "C'est la mère de tous les débats... la source des divisions et des guerres ..."

    La Fontaine, Vie d'Esope, cité par Norman Baillargeon dans le Petit cours d'autodéfense intellectuelle

  • En cage avec Apollinaire

    III

    Dans une fosse comme un ours
    Chaque matin je me promène
    Tournons tournons tournons toujours
    Le ciel est bleu comme une chaîne
    Dans une fosse comme un ours
    Chaque matin je me promène

    Dans la cellule d’à côté
    On y fait couler la fontaine
    Avec les clefs qu’il fait tinter
    Que le geôlier aille et revienne
    Dans la cellule d’à côté
    On y fait couler la fontaine

    Pour l'intégralité du poème, "lire la suite"

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  • Gardons le rythme, avec Nasr Eddin

    Le père de Nasr Eddin dit un jour à son fils, qui était encore jeune :

    -Tu devrais te lever de bonne heure, mon fils.

    -Et pourquoi, père ?

    -Parce que c'est une très bonne habitude. Un jour où je m'étais levé à l'aube, j'ai trouvé un sac d'or sur le chemin.

    - Il avait peut-être été perdu la veille au soir ?

    -Non, non, dit le père. Il n'était pas là, la veille au soir. Sinon, je l'aurais remarqué en rentrant.

    -Alors, dit Nasr Eddin, l'homme qui a perdu son or s'était levé encore plus tôt que toi. Tu vois que ce n'est pas bon pour tout le monde, de se lever tôt.

    (Raconté par J-C Carrière dans le Cercle des menteurs)

  • Ce n'est pas parce qu'il n'y a plus de bac qu'il n'y a plus de philosophie !

    Un conte philosophique raconté par Jean-Claude Carrière dans "le Cercle des menteurs".

    "Un homme pauvre - raconte une histoire berbère - se prit de querelle avec un homme riche, qui le gifla. L'affaire fut amenée devant le cadi ( = juge musulman ), qui écouta les deux plaignants et décida que l'homme riche donnerait à l'homme pauvre, qu'il avait giflé, un bol de mil.

    Alors l'homme pauvre se retourna vers le cadi et le gifla très vigoureusement.

    - Qu'est-ce qui te prend ? demanda le cadi.

    - Oh, ce n'est rien, dit l'homme pauvre. Juste une envie. Quand on apportera le bol de mil, prenez-le pour vous. Moi je m'en vais."

  • Confiné-e-s avec Nasr Eddin

    En descendant de la terrasse de sa maison où il vient de faire la sieste, Nasr Eddin rate une marche dans l'escalier et il roule jusqu'en bas.

    - Qu'y a-t-il ? lui crie sa femme qui, de la cuisine, a entendu le bruit de la chute.

    -Rien d'important, répond Nasr Eddin en se relevant tant bien que mal, c'est mon djubbé (= djelabba) qui est tombé dans l'escalier.

    -Ton djubbé ? Mais ce bruit ?

    -Le bruit ? C'est parce que j'étais dedans !

  • L'arbre de mon Père d'Emilie Saitas

    J'ai beaucoup aimé l'album en deux tomes d'Emilie Saitas, une vraie saga dessinée.

    Le dispositif narratif est le suivant : Emilie interroge son père sur sa jeunesse en Egypte, et il nous promène donc dans le récit de ses jeunes années sans omettre ses faiblesses, avec légèreté et humour. L'homme est intelligent, intéressant, audacieux, mais comme tout un chacun il reste un jouet du destin qui le balade d'un pays à l'autre. Il nait au sein d'une diaspora, la communauté grecque vivant en Egypte, ce qui le rend d'une certaine façon apatride, puisqu'il devra tour à tour quitter l'Egypte en proie à la guerre civile et la Grèce subissant la dictature. Il partira ensuite en Australie, pour commencer une nouvelle vie.

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  • Roman pour adolescent-e-s MAGIQUE !

    Très très difficile de résumer ce roman, car la magie, ça se vit, ça ne se raconte pas ! Si quelqu'un vous raconte un tour de magie qu'il a vu, vous n'en ferez sans doute pas grand cas : car il faut le voir de ses yeux pour que la magie opère ... Il en est de même pour ce roman de la nigérianne Nnedi Okorafor, qui met en scène une jeune fille albinos qui découvre peu à peu sa vraie nature de Léopard. Les Léopards sont des créatures naturellement dotées du pouvoir de manipuler le juju, la magie/sorcellerie, mais ils doivent apprendre et travailler pour progresser dans ce domaine et devenir de plus en plus puissants.

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  • Le conte comme aération mentale

    Vous connaissez Nasr Eddin Hodja ? Héros légendaire qui aurait vécu en Turquie au XVIIIè, il est connu dans tout le monde musulman comme l'incarnation même de l'irrévérence...

    Nous publierons régulièrement certaines de ses paroles sublimes et idiotes !

    "Une nuit, Nasr Eddin se décide à aller voler quelques légumes dans le jardin de son voisin. Ce n'est pas la première fois et celui-ci, arrivant à l'improviste, surprend le Hodja en flagrant délit.

    -La honte sur toi, Nasr Eddin ! Cette fois-ci, tu ne pourras pas prétendre que tu ne pénètres pas de nuit chez moi !

    -Tu ne vois pas le vent qu'il fait ? répond Nasr Eddin. C'est à cause de lui si je suis dans ton jardin : il m'a emporté, bien malgré moi, et m'a jeté ici.
     

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  • La poésie comme excursion

    Jacques Prévert a écrit un jour ou le lendemain ce drôle de petit poème :

                               En ce temps las

            ... Et presque tout cela se passait aujourd'hui,

    c'est-à-dire, comme toujours, dans le temps.

           Et tous suivaient celui qui criait : "En avant!"

            Et puis, soudain, ce ne fut ni n'était aujourd'hui,

    hier soir ou demain matin, on entendit un autre cri :

           "En après !"

           C'était, venant d'une autre espèce d'impasse

    d'espace, une voix d'enfant, la voix joyeuse et folle

    d'un hors-la-loi du temps.

  • La poésie comme excursion

    En ces temps de confinement, puisque nos corps sont enfermés, laissons nos âmes vagabonder ...

    Aujourd'hui, un court poème du génial poète grec Cavafy

    ADDITION

    Si je suis heureux ou malheureux, je ne me pose pas la question.

    La seule chose à laquelle je pense toujours avec joie -

    c'est que dans la grande addition (leur addition que je déteste)

    avec tous ses chiffres, je ne figure pas, moi,

    comme une unité parmi les autres. Dans le total,

    je n'ai pas été compté. Et cette joie-là me suffit.

    (Février 1897)

  • Petite soeur, mon amour

    "Petite soeur, mon amour" de Joyce Carol Oates est inspiré d'un fait divers tragique américain datant de 1996, qui n'a jamais été élucidé mais qui a fait le miel des tabloïds pendant des années. Dans le roman, les faits sont les suivants : dans une famille américaine aisée où grandissent deux enfants, la cadette, dès l'âge de 4 ans, entame une carrière fulgurante de patineuse sur glace. Toute la famille accède dès lors à une petite notoriété, qui devient une célébrité nationale lorsque la petite championne est assassinée dans la cave de la maison familiale sans que le meurtre soit jamais expliqué ni le meurtrier retrouvé. L'enquête connait de multiples rebondissements, parmi lesquels les inculpations des membres de la famille puis celle d'un pédophile local. Bien entendu, l'interêt du roman de Joyce Carol Oates va bien au-delà de l'enchaînement de ces faits sordides...

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  • Construire un feu

    Un homme avec son chien marche sur une route dans le grand Nord canadien par un froid qu'on a du mal à se représenter dans nos contrées tempérées. On lui a pourtant bien dit qu'en deçà de -50°C un homme seul ne pouvait faire la route qu'il s'apprêtait à faire... Mais l'homme est orgueilleux, et il méprise les recommandations des prudents. Pourtant, quand un faux pas le place en danger de mort et que sa survie tient à une seule chose, parvenir à construire un feu, il regrette son caractère bravache et admet en lui-même qu'il vaut mieux affronter le danger à plusieurs...

     

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  • Le coeur est un chasseur solitaire

    "Le coeur est un chasseur solitaire", quel titre sublime, n'est-ce pas ? Et le roman est à la hauteur du titre prometteur. Ambiance sud des Etats Unis, dans les années 30, en milieu rural, donc pauvre. Autour d'un personnage central de sourd muet plutôt anodin gravitent comme des satellites quatre personnages aux caractères bouillonnants : Mick, l'adolescente rebelle obsédée de musique classique bien que sa condition sociale l'en éloigne tout à fait, le docteur Copeland, saint homme un peu amer au crépuscule de sa vie, car il a toujours oeuvré à soigner et instruire ses compatriotes nègres dans l'espoir d'un soulèvement qui n'est jamais venu, Jack, le vagabond alcoolique qui se veut prophète des idées communistes mais dont le caractère tempétueux l'isole où qu'il aille, et le bon Biff, hôtelier au grand coeur, qui ne sait expliquer lui-même pourquoi il aime tant les marginaux de toutes sortes, et qui les accueille avec une bonté sans mesure dans le bar-restaurant qu'il tient...

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  • Morceaux choisis du singe, samedi 21 Mars à 19h

    Les éditeurs de la maison d'édition de Massat Les 3 Chaises nous proposent une lecture d'un recueil de nouvelles intitulé "Morceaux choisis du singe", écrit par Michel Francesconi, qui sera également présent. Ce recueil compte cinquante cinq histoires courtes où l'agilité, l'humour et la finesse du singe dessinent quelques tableaux de nos vies.

    C'est Samedi 21 Mars, à 19h, au Bleu du Ciel, l'entrée et la participation sont libres.

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  • ATTENTION SPECTACLE ANNULE

    Pascale Gueillet présente Chanteline, un spectacle de chansons pour tout.e.s-petit.e.s, où elle s'accompagne à la guitare. Chanteline est une invitation à redécouvrir les éléments eau, terre, feu, air... à travers des chants-poèmes très courts et des musiques simples.

    De 1 à 10, les enfants découvrent l'arbre, la pluie, les mottes de terre et le ciel nuageux, les oiseaux, les ours ou les crapauds. Ils voyagent de la Chine à l'Italie, imaginent les îles et la profondeur des océans bleus et reprennent ensemble le refrain de Capeline.

    Le spectacle aura lieu Mercredi 18 Mars à 16h30 au Bleu du Ciel. Participation au chapeau.

  • Poésie érotique Vendredi 13 mars

    … Être désir, ou désirer ? Désirer être ? Le désir, de soi, de l’autre, à quoi tient -il ? Un fil à la patte, rouge passion ? Quand rentre-t-il dans l’ordre du regard social ? Dans quelles circonstances se trouverait-t-il (A-) moral ?

    Autant de questions posées dans « Danses des Flammes », recueil de poèmes érotiques, auxquelles Emmanuelle Meffray et Clément Salmi tentent, à travers leurs voix entremêlées d’apporter, ensemble, un semblant de réponse(s).

    C'est Vendredi 13 Mars à la librairie le Bleu du Ciel, à 19h. Le spectacle est destiné aux adultes. La participation est libre et nécessaire.

  • APERO-POLAR AVEC THIERRY BENOIT

    APERO-POLAR MERCREDI 29 Janvier à 19h

    Entrée libre et gratuite

     

    Situés en Arize-Leze, les romans noirs de Thierry Benoît présentent une intrigue ficelée avec un grand savoir-faire, des personnages tellement présents qu'il vous semble les connaître, et des dialogues savoureux qui vous réjouissent à chaque page.

    Nous lirons des extraits choisis dans ses romans, et discuterons avec lui jusqu'à l'obtention de tous ses secrets d'écriture !