Couv philoctete entre les saints des saints

Beautés de la rue

Ce roman est tellement magnifique qu'on se sent tout démuni pour en parler, comme on se sentirait tout pétrifié dans notre mélancolie occidentale si l'on croisait en vrai ses deux héros, Melone et Trouvaille, enfants des rues de Port au Prince, pleins de malice et d'énergie. La langue de René Philoctète est impressionnante de créativité, sa poésie n'apparait pas comme une fin, mais un moyen très spontané de décrire les mille facettes de cette capitale des Caraïbes. Evelyne Trouillot a écrit pour ce roman une préface tellement juste que je préfère lui céder la parole : "

« Le roman inédit de René Philoctète expose un Port-au-Prince de l’après dictature et de la montée au pouvoir d’Aristide : le Port-au-Prince des miséreux, des culs-de-jatte, des aveugles qui habitent sur le parvis des églises ; le Port-au-Prince de la Saline et des enfants qui s’aiment derrière les piles de fatras ; le Port-au-Prince tenu par les hommes du Général et celui de l’ascension du prêtre et futur président. Si Jacques Roumain dépeint la misère de Fonds-Rouge, c’est à celle des grandes villes que s’attaque Philoctète, la misère “qui encrapule, rapetisse, abrutit”. Roman téméraire qui a réussi son pari de montrer des sentiments humains admirables chez des êtres que la société n’associe pas à ce qui est beau et grand.

 

Habile mélange de voix dans une langue poétique, ironique, grave et tendre par moments. Philoctète a su recréer avec courage et honnêteté le monde des indigents et des petits marchands. Il prend le lecteur par la main et le conduit à la rencontre de ces femmes, hommes, enfants, qui vivent et meurent dans la rue, sous les arcades, sur le parvis des églises. Images dures, poignantes et tendres, très éloignées des clichés inanimés et anonymes que nous offrent les associations ou organisations qui s’attaquent au problème des enfants des rues. Un roman palpitant de vie, bouillonnant de vies à découvrir. Une fois de plus, le poète, romancier de la grande moisson humaine, a des choses à nous dire. »