Ministere bonheur supreme

Le Ministère du Bonheur Suprême

Ce livre, rédigé sur dix ans, "vous devez apprendre à le connaître comme vous apprenez à connaître une ville: parcourir ses grandes routes, ses petites routes, ses arrière-cours, ses terrains vagues." Il faut le lire jusqu'au bout pour saisir la profondeur de ce voyage au cœur des ténèbres, là où il reste de petites lumières qui réchauffent.

Le Ministère du bonheur suprême est un roman dense caractérisé par la diversité et la complexité, à l'image de la région où il se situe, l'Inde du Nord, en particulier le Cachemire. Les personnages principaux, plongés et parfois brisés par l'époque de violence, d'intolérance et de fanatisme dans laquelle ils vivent se frayent une vie chaotique. La dignité et la sincérité de ceux-ci l'emportent sur les divisions haineuses et haïssables que la société inégalitaire dans laquelle ils évoluent produit nécessairement. Multiples sont les procédés d'écriture employés par Arundathy Roy pour construire son roman qui mêle histoire, politique, questions identitaires, sentiments humains, et labyrinthique en est sa construction, que l'écrivaine confie l'avoir pensée « à l'image du dédale urbain des énormes mégapoles indiennes ». Ce livre, rédigé sur dix ans, "vous devez apprendre à le connaître comme vous apprenez à connaître une ville: parcourir ses grandes routes, ses petites routes, ses arrière-cours, ses terrains vagues." Il faut le lire jusqu'au bout pour saisir la profondeur de ce voyage au cœur des ténèbres, là où il reste de petites lumières qui réchauffent.

Extraits de presse (la Croix):

« De l'Arundhati Roy romancière, on gardait l'image de la jeune Indienne recevant en sari pourpre le prestigieux prix Booker en 1997 pour le "Dieu des Petits Riens", écoulé à plus de six millions d'exemplaires dans le monde.[...]

Roman luxuriant à la myriade de personnages, "Le Ministère du Bonheur Suprême" passe de la vie d'une communauté de hijras (transgenres) du Vieux Delhi à une histoire d'amour sur toile d'insurrection au Cachemire. On y croise aussi les nationalistes hindous, la guérilla maoïste des forêts du centre du pays, les violences de castes et mille autres thèmes familiers de l'Arundhati Roy militante.

La pamphlétaire s'est forgé depuis son accession à la célébrité littéraire une carrure d'intellectuelle dissidente dans la veine d'un Noam Chomsky aux États-Unis.

"J'aurais du mal à être en paix avec moi-même si je ne parlais pas de ce qu'il se passe ici", lance-t-elle pour expliquer cet engagement intransigeant.

"Comment pouvez-vous accepter qu'on mutile des centaines de gens au Cachemire ? Comment pouvez-vous accepter une société qui, depuis des milliers d'années, a décidé qu'une partie de sa population pouvait être appelée « intouchable » ? Comment pouvez-vous accepter une société qui brûle les maisons des populations tribales et les expulse de leurs foyers au nom du progrès ?"

D'une plume aiguisée comme une lame, cette fille d'une chrétienne de la région méridionale du Kerala et d'un hindou du Bengale occidental pourfend la crispation identitaire de l'Inde sous la férule des nationalistes hindous. Son nouveau roman dépeint ces derniers comme œuvrant à un nouveau "Reich" fondamentaliste.

"Le niveau de communautarisation et de polarisation des gens n'a jamais été aussi exécrable", déclare-t-elle. "Il y a des milices qui rôdent en voulant brûler des salles de cinéma, des groupes d'énormes moustachus qui célèbrent la sati" - pratique illégale et rarissime d'immolation d'une veuve sur le bûcher de son mari.

Infatigable porte-voix des opprimés, écologiste, féministe, altermondialiste et critique du capitalisme, Arundhati Roy confie son espoir de voir émerger des tumultes du monde une forme de justice sociale.

"Quelque chose naîtra, soit de la destruction totale soit d'une sorte de révolution, mais ça ne peut juste pas continuer comme ça."