Oreiller d herbe

Oreiller d'herbe ou le voyage poétique

Ce court roman est un bijou de l'art japonais, même si le terme bijou serait exécré par son personnage, en quête d'essentiel et de pureté. C'est un récit de voyage paisible et contemplatif au cours duquel le personnage, qui s'exprime à la première personne et confie ses plus intimes pensées, travaille sa capacité à rester impassible et imperméable aux passions humaines, car c'est selon lui le moyen d'atteindre une forme d'art parfait. L'objet livre est lui-même un petit trésor, car dans le récit sont enchâssés des planches de peintures japonaises d'un grand raffinement et qui s'accordent merveilleusement avec le texte.

J'ai été charmée dès les premières pages, dans lesquelles le projet artistique est annoncé, étroitement lié à un projet d'art de vivre, car il faut apprendre à vivre pour ensuite pouvoir créer des oeuvres poétiques, de toutes natures. Le personnage est peintre, mais aussi poète : il s'exerce à plusieurs reprises sous nos yeux ravis à trouver le haiku le plus juste pour exprimer une émotin, une vision, une sensation, ou une absence de tout cela, un néant ravi, l'état de création parfait selon lui. Quelque chose m'a fait penser à Jacques le Fataliste de Diderot, avec ce héros naïf et déterminé à la fois, entre deux âges, suffisamment âgé pour avoir un bagage d'expérience et suffisamment jeune pour n'être pas abouti et vouloir encore travailler sur soi. Dans le ton aussi, léger et profond, tolérant vis à vis des faiblesses humaines mais ayant la détermination de s'élever au-dessus, et puis ce voyage, lent, sans but, qui n'est qu'une métaphore du cheminement de la pensée, ou un cadre servant à alimenter le moulin des réflexions philosophiques.