Jean jambecreuse

Un assez gros fabliau

Amateurs de la faconde rabelaisienne, ce livre est pour vous ! La truculence du vocabulaire fait de ce livre un régal, mais le fond n'en est pas moins passionnant. Nous suivons les aventures du peintre Hans Holbein (en français Jean Jambecreuse), véritable portraitiste des "grands" du XVIè siècle. L'auteur, historien de l'art et journaliste, a utilisé tous les éléments biographiques et historiques dont il pouvait disposer, puis il a gaillardemment comblé les zones d'ombres par des inventions joyeuses qui nous font voyager dans une Renaissance haute en couleurs.

Nous suivons donc l'ascension artistique d'Hans Holbein, qui d'ymagier devient peintre, avec tout ce que cela implique d'évolution dans l'échelle sociale : issu d'une famille d'artisans ymagiers de Bavière, Hans a l'ambition de devenir peintre à la manière italienne, pour peindre les Princes.

"-Je vais finir par croire que le père avait raison quand il s'inquiétait de tes rêves d'Italie. Artisans justement, nous sommes des artisans, protégés par les guildes, les corporations et leurs règles. Fou que tu es de vouloir t'en affranchir.

-Le monde change, Ambroise. Tous les jours il est plus vaste".

Car oui, le monde change beaucoup en cette première partie du XVI è siècle : les fondements de l'Eglise s'étiolent, les paysans préparent des révoltes, des modèles d'organisation politique sont expérimentés, l'imprimerie favorise la diffusion d'idées nouvelles. En suivant Hans, on croise des personnages fameux comme Erasme et Léonard de Vinci, traités à la sauce rabelaisienne, on visite de grandes cités comme Lucerne et Bâle, on s'égare dans des tavernes peu recommandables, on traverse la montagne, et l'on poursuit une lettre qui passe de mains en mains, que Leon X (un sacré jouisseur aussi !) après y avoir aposé son sceau a laissé malencontreusement tomber en de mauvaises mains, et sur laquelle est écrit : "On sait de temps immémorial combien cette fable de Jésus-Christ nous a été profitable". Vous comprenez bien que cette lettre doit cesser de circuler !