Nous avons aimé

Nous avons aimé

  • L'arbre de mon Père d'Emilie Saitas

    J'ai beaucoup aimé l'album en deux tomes d'Emilie Saitas, une vraie saga dessinée.

    Le dispositif narratif est le suivant : Emilie interroge son père sur sa jeunesse en Egypte, et il nous promène donc dans le récit de ses jeunes années sans omettre ses faiblesses, avec légèreté et humour. L'homme est intelligent, intéressant, audacieux, mais comme tout un chacun il reste un jouet du destin qui le balade d'un pays à l'autre. Il nait au sein d'une diaspora, la communauté grecque vivant en Egypte, ce qui le rend d'une certaine façon apatride, puisqu'il devra tour à tour quitter l'Egypte en proie à la guerre civile et la Grèce subissant la dictature. Il partira ensuite en Australie, pour commencer une nouvelle vie.

    Lire la suite

  • Roman pour adolescent-e-s MAGIQUE !

    Très très difficile de résumer ce roman, car la magie, ça se vit, ça ne se raconte pas ! Si quelqu'un vous raconte un tour de magie qu'il a vu, vous n'en ferez sans doute pas grand cas : car il faut le voir de ses yeux pour que la magie opère ... Il en est de même pour ce roman de la nigérianne Nnedi Okorafor, qui met en scène une jeune fille albinos qui découvre peu à peu sa vraie nature de Léopard. Les Léopards sont des créatures naturellement dotées du pouvoir de manipuler le juju, la magie/sorcellerie, mais ils doivent apprendre et travailler pour progresser dans ce domaine et devenir de plus en plus puissants.

    Lire la suite

  • Petite soeur, mon amour

    "Petite soeur, mon amour" de Joyce Carol Oates est inspiré d'un fait divers tragique américain datant de 1996, qui n'a jamais été élucidé mais qui a fait le miel des tabloïds pendant des années. Dans le roman, les faits sont les suivants : dans une famille américaine aisée où grandissent deux enfants, la cadette, dès l'âge de 4 ans, entame une carrière fulgurante de patineuse sur glace. Toute la famille accède dès lors à une petite notoriété, qui devient une célébrité nationale lorsque la petite championne est assassinée dans la cave de la maison familiale sans que le meurtre soit jamais expliqué ni le meurtrier retrouvé. L'enquête connait de multiples rebondissements, parmi lesquels les inculpations des membres de la famille puis celle d'un pédophile local. Bien entendu, l'interêt du roman de Joyce Carol Oates va bien au-delà de l'enchaînement de ces faits sordides...

    Lire la suite

  • Construire un feu

    Un homme avec son chien marche sur une route dans le grand Nord canadien par un froid qu'on a du mal à se représenter dans nos contrées tempérées. On lui a pourtant bien dit qu'en deçà de -50°C un homme seul ne pouvait faire la route qu'il s'apprêtait à faire... Mais l'homme est orgueilleux, et il méprise les recommandations des prudents. Pourtant, quand un faux pas le place en danger de mort et que sa survie tient à une seule chose, parvenir à construire un feu, il regrette son caractère bravache et admet en lui-même qu'il vaut mieux affronter le danger à plusieurs...

     

    Lire la suite

  • Le coeur est un chasseur solitaire

    "Le coeur est un chasseur solitaire", quel titre sublime, n'est-ce pas ? Et le roman est à la hauteur du titre prometteur. Ambiance sud des Etats Unis, dans les années 30, en milieu rural, donc pauvre. Autour d'un personnage central de sourd muet plutôt anodin gravitent comme des satellites quatre personnages aux caractères bouillonnants : Mick, l'adolescente rebelle obsédée de musique classique bien que sa condition sociale l'en éloigne tout à fait, le docteur Copeland, saint homme un peu amer au crépuscule de sa vie, car il a toujours oeuvré à soigner et instruire ses compatriotes nègres dans l'espoir d'un soulèvement qui n'est jamais venu, Jack, le vagabond alcoolique qui se veut prophète des idées communistes mais dont le caractère tempétueux l'isole où qu'il aille, et le bon Biff, hôtelier au grand coeur, qui ne sait expliquer lui-même pourquoi il aime tant les marginaux de toutes sortes, et qui les accueille avec une bonté sans mesure dans le bar-restaurant qu'il tient...

    Lire la suite

  • L'Afrique et la Chine

    Lieve Joris, voyageuse belge qui connait très bien le Congo, a entrepris d'enquêter sur les relations sino-africaines. Enquêter n'est toutefois pas le terme exact, car elle ne procède pas à la manière d'une journaliste, mais plutôt d'une insatiable curieuse totalement libre qui progresse à l'intuition et sans rien planifier. Nous, lecteurs, partageons ses rencontres multiples avec des chinois ou des congolais qui commercent entre eux. Il ne s'agit pas de grands échanges internationaux, mais de petites transactions, matériel contre argent liquide, de celles qui alimenteront les petits magasins congolais en fournitures du quotidien made in china. La mondialisation par le bas, peut-on dire.

    Lire la suite

  • Noir c'est noir

    "La vieille qui ne voulait pas mourir avant de l'avoir refait", c'est du Tarantino en roman. Le milieu représenté est tellement sordide, ses  protagonistes tellement cyniques et cruels qu'on peut être pris d'un malaise devant tant d'immondice humaine. Au coeur de cette boue d'amoralité s'élève la vieille Pauline Verdi, soleil noir de la vengeance, qui, avec quelques uns de ses proches, va régler des comptes. On n'est pas dans le burlesque de la représentation de naifs gentils qui se retrouveraient de façon incongrue dans un milieu bien plus violent que ce qu'ils peuvent imaginer ; non, la vieille n'est pas enfermée dans sa vieillesse qui la rendrait risible face à de jeunes hommes cruels, elle est vieille parce qu'elle a vieilli, mais elle est restée la même personne qu'avant, courageuse et impitoyable, donc redoutable. Les dialogues dont tellement crus qu'ils en sont extrêmement savoureux, et permettent de rire un peu, dans cette ambiance si malsaine et violente. La référence à Tarantino me vient aussi avec le fait que le lecteur est dérouté face à une intrigue qui lui glisse entre les doigts, sans jamais le perdre toutefois.

  • Graines de femmes

    Ce roman est composé d'une dizaine de portraits hauts en couleur d'enfants chinoises émigrées aux Etats-Unis à la fin du XXe siècle. Avec une gouaille très réjouissante elles parlent d'elles, de leurs familles, de leur voisinage, de leurs camarades, en fait de tout le maillage social dans lequel elles évoluent pour devenir adultes. L'écriture très énergique rend magnifiquement la violence des émotions des ces filles qui quittent l'enfance et entrent dans l'âge adulte avec un fracas d'autant plus spectaculaire que leurs familles sont déchirées et leur place dans la société extrêmement instable. La misère dans laquelle vivent leurs familles et les névroses des adultes pèsent lourd sur leurs frêles épaules, elles qui doivent d'abord tenter d'épanouir leurs personnalités originales et uniques malgré la case sociale standardisée où l'on voudrait les contenir : fillettes d'origines chinoises. L'auteure Jenny Zhang, 35 ans, aurait pu faire partie de ses héroïnes, elle qui est née en Chine et a rejoint ses parents à New York à l'âge de 4 ans. Elle exprime à travers ses personnages un souffle d'impertinence et d'insoumission qui tente en permanence d'écarter le poids de la famille, de la tradition, du devoir, de la bienséance, bref tout ce qui empêche d'être libre.

  • L'Insolente, dialogues avec Pinar Selek

    Je ne saurais mieux résumer ce livre que ne le fait la 4ème de couverture, car il est extrêmement compliqué de condenser en quelques lignes la présentation de la femme incroyable qu'est Pinar Selek. Elle-même défend la complexité de la vie et la nécessité de ne pas cloisonner, hiérarchiser, prioriser les luttes, la vie sociale, la vie intime, l'individu, l'humanité. L'axiome de Robert Antelme : "Ne retrancher personne de l'humanité" lui correspond parfaitement, à quoi il faudrait ajouter : ne sacrifier aucune des possibilités de l'existence, puisqu'en dehors des luttes politiques, l'amitié, l'amour, la littérature, la nature, ont tenu une place essentielle. Voici donc ce qui est écrit au dos du livre :

    Lire la suite

  • Portraits : Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva

    Le Manifeste Incertain 7 de Frédéric Pajak mérite d'être lu et offert pour bien des raisons. L'objet d'abord est très beau : sur un papier à grain épais, l'auteur a illustré son texte de dessins à l'encre de Chine parfaitement accordés avec les vies des deux poètesses qui en sont le sujet. Le livre se compose de trois parties : une biographie succinte de l'américaine Emily Dickinson (1830-1884), un bref récit du voyage de l'auteur en Russie sur les traces de Marina Tsvetaieva (1892-1941), puis une biograpie détaillée de la vie extrêmement difficile de celle-ci. Quel rapport entre ces deux poètesses ? Frédéric Pajak écrit : "Toutes deux n'ont jamais douté de leur art, malgré leur isolement, la censure ou l'indifférence. Parce qu'elle ne savent s'accomoder des convenances de cet art, elles s'efforcent de le réinventer, chacune à sa façon". "Enfin, toutes deux ont autre chose en commun, et pas des moindres : une foi absolue en la postérité de leurs oeuvres. Au plus terrible de leur solitude, elles savent que leurs poèmes traverseront le temps et passeront les frontières. Ils seront lus et récités bien après leur mort. Parce qu'ils sont, de toute évidence, éternels."

    Lire la suite

  • Zwing Time

    Zadie Smith nous propose à nouveau un roman moderne et intelligent. Si elle aborde des questions sociales, comme l'immigration, les classes sociales, la situation des femmes, elle le fait vraiment en romancière, en incarnant ces problématiques dans des personnages complexes et subtils, sans imposer de conclusions ni de leçons. Zadie Smith maîtrise à merveille l'art du portrait : incisif et souvent cruel pour les personnages secondaires, denses et tortueux pour les principaux. D'ailleurs, on peut résumer ce roman à un long portrait croisé : la destinée de deux personnages féminins, très liées dans leur enfance par leur passion pour la danse. La vie les éloigne, leurs parcours respectifs apportent à chacune leur lot d'espoirs et de déceptions, de plaisirs et de souffrances.

  • Beautés de la rue

    Ce roman est tellement magnifique qu'on se sent tout démuni pour en parler, comme on se sentirait tout pétrifié dans notre mélancolie occidentale si l'on croisait en vrai ses deux héros, Melone et Trouvaille, enfants des rues de Port au Prince, pleins de malice et d'énergie. La langue de René Philoctète est impressionnante de créativité, sa poésie n'apparait pas comme une fin, mais un moyen très spontané de décrire les mille facettes de cette capitale des Caraïbes. Evelyne Trouillot a écrit pour ce roman une préface tellement juste que je préfère lui céder la parole : "

    « Le roman inédit de René Philoctète expose un Port-au-Prince de l’après dictature et de la montée au pouvoir d’Aristide : le Port-au-Prince des miséreux, des culs-de-jatte, des aveugles qui habitent sur le parvis des églises ; le Port-au-Prince de la Saline et des enfants qui s’aiment derrière les piles de fatras ; le Port-au-Prince tenu par les hommes du Général et celui de l’ascension du prêtre et futur président. Si Jacques Roumain dépeint la misère de Fonds-Rouge, c’est à celle des grandes villes que s’attaque Philoctète, la misère “qui encrapule, rapetisse, abrutit”. Roman téméraire qui a réussi son pari de montrer des sentiments humains admirables chez des êtres que la société n’associe pas à ce qui est beau et grand.

     

    Lire la suite